La mort de Marie Trintignant a eu au moins le mérite de montrer à quel point les affaires judiciaires dites "people" pouvaient mener à des dérives intolérables. Je vais y revenir point par point.
Le drame
Août 2003, l'Europe se réveille avec l'annonce de la mort de Marie Trintignant tournant en boucle, tuée par son mari suite à une bagarre. A peine l'annonce faite, les vautours ont fait leur apparition. "Marre des femmes battues" pouvait-on déjà entendre! Bertand Cantat, homme énigmatique, riche, de gauche, ayant produit des dizaines de textes qui dérangent, était le people idéal pour un lynchage médiatique semblant quasiment organisé.
Décrit, tantôt comme un accro aux drogues, tantôt comme quelqu'un de violent, tout le monde occultait déjà (volontairement) le fait que ce drame se soit passé durant une altercation entre deux personnes, toutes deux sous l'effet des drogues. Et même si une vie fut perdue, tout n'était pas si noir d'un côté et si blanc de l'autre, comme s'acharnait à le démontrer la famille de la victime.
La sanction
Le procès de Bertrand Cantat se déroulant en Lituanie, j'ai de suite été interpellé par les enjeux néfates qui pouvait en découler. En effet, la Lituanie ayant prévu d'intégrer l'Union Européenne en mai 2004, les autorités se devaient de présenter l'image d'une Justice forte et non-corrompue, alors que tous les yeux étaient tournés dans leur direction.
Ca ne manqua pas : 8 ans de prison ferme! Pour un homicide involontaire (cela a été jugé comme cela), c'est quasiment une première.
Pour comparaison, aujourd'hui même, en Suisse, un pédophile ayant abusé de 8 fillettes (dont deux de ses propres filles) a écopé de 8 ans et demi de prison ferme.
Vous m'expliquerez où est la logique là-dedans? Tuer sa femme involontairement, dans une bagarre où les coups sont échangés ou abuser de 8 fillettes, c'est équivalent? Personnelement, je ne vois pas l'ombre d'une comparaison possible!
Mais soit. La Justice a tranché. Pour des raisons sûrement trop obscures pour être dévoilées. Mais elle l'a fait.
La famille Trintignant
Pendant que Bertrand Cantat purge sa peine, la famille Trintignant n'hésite pas à en rajouter. La mère de Marie ayant même sorti un livre pour exorciser sa peine (et dont les dollars de sa vente vont lui permettre d'aider à panser sa blessure)!
Intox venant de toute part, on en oublie presque que Bertand Cantat n'est pas un meurtrier calculcateur mais juste un homme ayant fauté et dont la culpabilité le ronge, derrière les barreaux.
Qu'on me comprenne bien. Je ne dis pas que la douleur de la famille n'est pas compréhensible. Ce qui m'a mis hors de moi, c'est le poids qu'on a attribué à la voix de cette même famille. Comme si ce qui pouvait sortir de leur bouche n'était que pure vérité. Alors qu'il est clair... qu'après la perte d'un proche, la version des faits avancée par les proches n'a jamais été un modèle d'objectivité. Et c'est compréhensible, encore une fois.
Libération anticipée
Automne 2007, après avoir purger la moitié de sa peine, Bertrand Cantat ayant eu un comportement exemplaire en prison (où, au passage, il n'était pas incarceré avec les mêmes privilèges que Paris Hilton), il est logiquement proposé à une libération anticipée. Ce n'est pas une faveur accordé à un people, c'est juste écrit dans la loi!
Mais non. Encore une fois. Les boucliers se lèvent du côté de la famille et des proches de la défunte. Et encore une fois, on les écoute et on prend en compte leur témoignage. Complètement abbérant. On a donc le droit au Xème retour de Nadine Trintignant sur le devant de la scène. Sans commentaires...
Le dénouement
En début de semaine, Bertand Cantat est libéré. Et là, je lis des témoignages d'anonymes, j'entends des avis de certaines personnes proches et je suis scandalisé!
Parlant d'une erreur judiciaire : ils estiment qu'un meurtrier n'a pas à sortir de prison après 4 ans, sans se soucier de l'aspect légal de la chose. Ils se permettent de le juger, sans se rendre compte que c'est un homme brisé qui ressort de prison. Ils réclament davantage de fermeté, sans se rendre compte que M. Toutlemonde n'aurait pas écopé de la moitié de la peine de Bertand Cantat. En résumé : ils perdent toute notion des réalités. Et ça a le don de m'énerver profondèment !
Je le crie haut et fort : "Je soutiens Bertand. Je serais le premier à acheter son nouvel album, le premier à retourner à ses concerts, le premier à le défendre quand on me parlera de meurtrier impuni!"
C'est quand même fou de voir à quel point les gens peuvent se monter la tête entre eux, juste parce que c'était quelqu'un de connu qui a tué, sans volonté de le faire, quelqu'un de connu également. Comment comprendre ce genre de jugements hâtifs? Est-ce parce que quelqu'un est connu et donc, de ce fait, fait un peu partie de nos vies indirectement, qu'on a le droit de le traiter de la sorte?